Comment lutter contre les stéréotypes de sexe ?

Le Conseil économique social et environnemental (Cese) lance une consultation sur l’orientation à laquelle tous les parents sont invités à participer. L’occasion de s’intéresser à l’une des questions cruciales : comment les normes liées au sexe agissent-elles sur les choix d’orientation ?

Le constat est là : dès les premiers paliers d’orientation, filles et garçons ont tendance à faire des choix différents. « En lycée professionnel par exemple, les filières de production sont essentiellement constituées de garçons, quand les filières tertiaires concentrent une majorité de filles, notamment les spécialités de service  (petite enfance, service à la personne, etc.) où les garçons ne mettent quasiment pas les pieds, remarque Françoise Vouillot*. Le constat est le même en lycée général où les garçons investissent beaucoup la filière scientifique et délaissent très largement la filière littéraire. Autrement dit, il existe très peu de filières réellement mixtes sur le plan quantitatif. »
Une division sexuée de l’orientation qui appelle à s’interroger sur les mécanismes à l’œuvre. « Tout commence au sein de la famille par une éducation qui, bien souvent, assigne aux filles et aux garçons des manières d’« être » et de « faire » différenciées, comme une sorte de « panoplie » de la masculinité et de la féminité, en vigueur dans leur milieu, analyse la spécialiste. Aussi, il n’y a rien d’étonnant à ce qu’à l’adolescence – période cruciale de remaniement identitaire – les garçons et les filles instrumentalisent leur choix d’orientation afin de prouver qu’ils sont bien de « vraies » filles féminines et de « vrais » garçons masculins selon les normes et les stéréotypes qui leur ont été transmis. »

Interroger les pratiques éducatives
Comment combattre, alors, ce conditionnement ? « D’abord en suggérant aux parents de lutter contre ce système de normes qui imprègne les pratiques éducatives, remarque la spécialiste. Cela suppose de s’interroger, par exemple, sur les jeux et les sollicitations que l’on adresse aux enfants : ne pas dissuader, par exemple, les garçons de jouer à la poupée et/ou solliciter davantage les filles pour des jeux techniques, de construction ou d’invention (mécano, lego etc.). De même pour les pratiques sportives : une fille attirée par le rugby ou un garçon, par la danse, sont parfois encore mal acceptés ».
Mais les parents, bien sûr, ne sont pas les seuls concernés : toutes les structures de socialisation ont du chemin à faire. « A l’école, le grand combat à mener est d’instaurer une formation obligatoire à l’égalité fille-garçon (en formation initiale et continue) de tous les acteurs et les actrices, sans quoi, il n’y a aucune raison que les choses évoluent, remarque Françoise Vouillot. Or, aujourd’hui, cette formation n’est pas systématisée au sein des écoles supérieures du professorat et de l’éduction (Espé). »
Informer, sensibiliser de manière, donc, à faire bouger les lignes, et pas seulement chez les filles ! « Il est plus difficile d’amener les garçons vers des métiers étiquetés « féminins » que l’inverse, car la crainte d’une disqualification identitaire est plus grande chez eux que chez les filles, note l’experte. La question est pourtant cruciale : rappelons que les conduites d’orientation des filles et des garçons les exposent plus tard à des destins professionnels non seulement différents mais inégalitaires, c’est-à-dire des métiers souvent moins prestigieux et moins rémunérateurs pour les femmes… »

*Françoise Vouillot est enseignante-chercheuse en psychologie au Cnam-Inetop, spécialiste du genre et de l’orientation. Présidente de la commission « Lutte contre les stéréotypes et rôles sociaux » du Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCE F/H).

Chiffre-clé

Les femmes représentent en France environ 22 % des ingénieurs de moins de 65 ans (source : femme-ingenieure.fr). Une proportion certes en progression continue – une femme de moins de 30 ans a treize fois plus de chances d'être ingénieure aujourd'hui que dans les années 80 – mais qui demeure malgré tout bien faible. Face à ce constat, différentes initiatives existent pour inverser la vapeur. Le cas d’une conférence organisée en décembre dernier, à Chartres, par la FCPE d’Eure-et-Loir, en présence d’ingénieurs et d’élèves ingénieurs. « Notre but était de présenter les voies d’accès aux métiers de l’ingénierie mais également d’encourager les filles à s’y engager, indique Gaëlle Hardy-Bouharati, présidente du conseil départemental. Trop souvent, elles ne l’envisagent même pas parce que l’environnement familial et social ne les a pas « câblées » pour cela. Or, cette autocensure est un frein puissant à une orientation plus égalitaire. »
22 % C'est la part de femmes ingénieures en France.

Infos pratiques

L'orientation des jeunes telle qu'elle est construite aujourd'hui est génératrice de stress. Comment lever cette pression ? Comment créer des conditions favorables pour que chacun puisse construire son avenir personnel et professionnel sereinement ? Le Cese vous donne la parole. Pour participer, c'est ici : https://participez.lecese.fr/